Revue de l'Actualité Juridique Algérienne

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Qu’en est-il de la qawâma

Par Tahar Mahdi

Docteur en droit

 

* qawâma : responsabilité paternelle selon notre recherche. Pour certains, elle signifie supériorité ou prééminence de l’homme sur la femme.     

C’est à Médine que sont révélés les versets de la « qawâma » des hommes sur les femmes. Et c’est en comprenant véritablement son sens que la femme a pu vivre libre et indépendante de tout ce qui l’accablait des coutumes héritées de la période anti-islamique dite la « jâhiliyya ». Son rôle s’est étendu à tous les domaines de la vie active, pas seulement familiale, mais également sociale et politique. L’ensemble des compagnons connaissait parfaitement le sens de « qawâma » sans que cela les pousse à empêcher la femme de contribuer à la vie. C’est à travers l’étude de l’événement social et l’analyse du comportement de la femme que l’on a constaté que cette dernière jouissait d’une véritable liberté. C’était en effet une liberté de fait et non pas de parole, avec laquelle la femme musulmane n’a jamais ressenti le besoin pour cette liberté et donc, de la revendiquer haut et fort comme elle l’a fait pour d’autres droits.

C’est dans les versets de « qawâma » que le Coran a joint l’égalité des femmes aux hommes. Il a même fait devancer la qawâma par l’égalité, pour montrer par la même que la qawâma ne peut, en aucun cas, usurper l’égalité entre les deux sexes, ni la dissimuler ou la supprimer. En tout cas les deux concepts ne sont pas antinomiques. Et c’est en parlant de la famille et de ses problèmes que le Coran a mentionné cette égalité d’une manière explicite, ne laissant aucune marge de doute pour ceux qui se croient supérieures aux femmes. A ce sujet, le Coran dit : «Elle ont des droits comme ce qu’elle doivent à l’amiable, et aux homme un degrés d’avantage et Dieu est puissant et sage » (la vache, 228).

Dans la sourate Les femmes l’on trouve l’explication de ce fameux degré réservé aux hommes vis-à-vis des femmes bien agencé dans l’ensemble des questions rattachées à la famille, aux parts successorales et aux droits et devoirs du couple. Il est même question d’un pacte inviolable établi entre l’homme et la femme. Quant à la qawâma, elle est mentionnée à la suite de toute ces questions que nous venons de mentionnées. Ceci étant la qawâma n’est évoquée que dans un ordre secondaire.

Cela signifie un rappel à l’homme de sa grande responsabilité à l’égard des femmes en général et de sa femme particulièrement. Par cohérence au principe égalitaire, le privilège est totalement écarté, contrairement à ce que pensent les hommes. Les versets concernés parlent d’une distribution de rôles bien équitable entre l’homme et la femme en prenant seul juge l’effort et le soin du travail accompli. Lisez si vous voulez : «Ne convoitez pas les faveurs dont Dieu a gratifié certains d’entre vous de préférence aux autres. Une part de ce que les hommes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra. Une part de ce que les femmes auront acquis par leurs œuvres leur reviendra. Demandez à Dieu pour qu’il vous accorde sa grâce. Dieu connaît toute chose. Nous avons désigné pour tous des héritiers légaux : les pères et mères, les proches et ceux auxquels vous êtes liés par un pacte. Donnez-leur la part qui doit leur revenir. Dieu est témoin de toute chose. Les hommes ont un surplus de responsabilité en vertu des préférences des uns par rapport aux autres et grâce aux dépenses qu’ils font de leurs biens. » (la vache, 32-34   ).

‘Abd Allah Ibn ‘Abbâs a bien compris le sens de l’enseignement, et il a exprimé cette compréhension d’une manière très simple, mais hautement significative dans son interprétation du verset : «Elles ont des droits comme ce qu’elles doivent à l’amiable» je me fait beau pour ma femme – disait-il - comme j’aime qu’elle se fasse belle pour moi ». En effet, l’homme normal doit ressentir le besoin d’être agréable au regard de sa femme, comme il ressent le besoin de voir devant ses yeux une femme agréable à regarder. Cela révèle la nature saine des hommes et des femmes.

Le besoin de plaire à l’autre, de lui faire plaisir est spontané. Car « Dieu est beau, il aime la beauté » (Muslim, imân, 131).

Cette conduite simple et véridique fut la caractéristique générale des musulmans avant l’époque de décadences de la communauté musulmane. Et c’est durant cette décadence que toutes les traditions ancestrales et les coutumes anti-islamiques ont refait surface. Et l’homme souffrant d’un problème de mémoire d’identité civilisatrice, perd l’équilibre et s’acharne sur la femme pour transformer sa vie en un calvaire et une inquisition presque quotidienne. Quant, à la qawâma, elle n’est qu’une responsabilité de nature différente de celle de la femme et nullement un privilège accordé au mal. Mais sans concertation et solidarité cette qawâma se transforme en un despotisme et une tyrannie qui va contre l’enseignement coranique mentionné dans le verset précédent.

Il n’y a, à ce stade aucune interprétation erronée, ni constatation hâtive, mais bien une compréhension gérée par les règles incontournables du droit conjugale musulman, faisant autorité auprès des spécialistes. La concertation est en fait la base fondatrice de toute entente dans le couple, car le coran fait d’elle un des principes immuables de la société civile. Elle est par conséquent plus importante au sein de la famille qui, elle constitue, la première cellule de la société humaine.

Donc, le Coran veut que l’ensemble des questions conjugales soit géré par le couple à la lumière d’une concertation constante et inviolable. Les textes font de la concertation une des qualités du musulman à tout point comparable à la piété, à la noblesse du caractère, à la crainte de Dieu, à la tolérance, à l’instauration de la prière et à la patience. Il dit : « Ceux qui évitent les péchés majeures et les turpitudes, ceux qui pardonnent après s’être mis en colère* ceux qui répondent à leur seigneur, ceux qui s’acquittent de la prière, ceux qui délibèrent entre eux au sujet de leurs affaires, ceux qui donnent en aumônes une partie des biens que nous leur avons accordés* ceux qui se prêtent mutuellement secours… » (La Concertation, 37-39).

C’est seulement avec l’instauration de la concertation à l’intérieur de la famille que les cercles de la peur disparaissent du quotidien familial. Ainsi l’épouse ne craindra plus son époux, la sœur ne craindra plus son frère, le plus jeune ne craindra plus le plus âgé, etc. De la sorte un climat d’entente s’installe et la paix familiale tant attendue se fera ressentir enfin. Nous insistons sur le fait que la famille est la première cellule sociale, si elle est saine toute la société l’est également, sinon tout s’écroulera comme un château de carton. Il faut savoir aussi que la famille est la première école de l’homme. La maman plus particulièrement, car c’est elle qui, la première, contribuera à l’éducation de l’enfant, son emprunte marquera à jamais l’avenir de toute l’humanité. C’est pourquoi le Coran met l’accent sur la femme. Il a légiféré pour elle seule beaucoup plus qu’il n’a pas fait pour l’homme. Peut être par rapport à ce qu’il accomplit et non jamais en raison de sa masculinité.

L’on remarque également que le Coran veut que la famille soit gérée par la mansuétude, la gratitude, l’amour, le respect, la concertation et non avec une panoplie de lois fabriquée de toute pièce par l’homme, là où la main du mal dominant est toujours agissante. Car avec la loi on ne peut pas créer la stabilité dans la famille, en revanche cela est possible avec l’éducation qui prend en compte les valeurs humaines.

Dans le cas le plus sensible et le plus délicat du couple, l’on trouve le Coran ordonner la concertation. En effet, quand un nouveau né vient au monde, il est recommandé selon le Coran d’allaiter le bébé. Mais, sans imposer l’allaitement à la maman. Si elle veut le faire, elle doit en avoir la conviction et la volonté. Sinon le mari doit payer une nourrisse pour son enfant. Certes, il est préférable que la maman allaite son bébé, mais, aucun impératif à ce sujet n’est énoncé. Le verset précise : «Les mères qui veulent allaiter leurs enfants, il est préférable qu’elles le fassent –si elles le veulent- pendant deux années complètes » (la vache, 233).

Quant à la qawâma de l’homme dans le domaine familial, elle nécessite bien des choses que l’on peut énumérer comme ceci :

1-La cohabitation totale avec l’épouse et la fidélité inviolable à son égard. L’époux n’a pas le droit de la laisser seule pendant une longue durée, ni de s’absenter incessamment même pendant de courtes durées. Moins encore de l’abandonner seule au foyer conjugal pour s’occuper d’autre chose. Car nulle chose ne mérite une telle occupation plus que sa propre femme. A moins que l’absence n’ait un motif valable aux yeux de sa compagne. Sinon cette épouse a le droit de se considéré comme étant abandonnée et par là même demander la dissolution du mariage des autorités compétentes. Cela, quand bien même le mari, par lui-même ou par l’intermédiaire de sa famille, lui assurerait une pension suffisante. Le droit conjugal est clair à ce propos, puisqu’il ne permet pas à l’époux de se libérer de la cohabitation et la fidélité sous prétexte qu’il assume l’entretien du ménage. Il en est de même lorsque le mari est en prison.

A ce moment-là l’on discute tout simplement de la durée d’emprisonnement. En effet, cette durée est fixée entre 2 et 5 ans après quoi l’épouse a le droit de demander le divorce. Un droit prescrit qu’on ne dit jamais à la femme en terre d’islam.

2-L’entretien constant, la réponse favorables à ses besoins : l’époux est tenu légalement de satisfaire sa compagne sexuellement. C’est un devoir conjugal auquel aucun escamotage n’est possible ou toléré. Le droit conjugal exige de l’époux de ne pas pousser sa femme à se plaindre de lui, faute de quoi il rendra compte devant les services compétents en la matière. S’il n’obtempère pas l’on fait acte des réquisitions de l’épouse et le divorce est prononcé en sa faveur. Le Coran astreint l’époux à la fidélité absolue : «Vivez chastement avec elles en vous gardant de la débauche.» (Les femmes, 7). Ce qui signifie explicitement que le musulman marié est tenu de n’avoir des relations charnelles qu’avec sa propre femme. A défaut de quoi il sera punit par un châtiment approprié et sa femme a le droit de divorcer si elle le désire. Les savants proclament que si l’adultère est un crime nécessitant une punition, la fidélité est un devoir méritant les honneurs. Si l’époux a convenu avec sa femme de n’épouser pas d’autres femmes, il est tenu de respecter cet engagement. C’est ce qu’a réalisé le Prophète lorsqu’il a épousé Khadija. Il a exigé la même promesse de ‘Alî quand il lui a marié son honorable fille Fâtima.

3-Il doit également s’abstenir de tout mauvais traitements : de tout sévices présentant un caractère de négligence, d’ignorance ou de dédain vis-à-vis de sa femme. Les coups, les insultes et même les regards ironiques sont interdits dans le droit musulman. Le Prophète dit à ce propos : «Les meilleurs parmi vous ne battent pas, n’insultent pas et n’abandonnent pas leurs femmes » (Abû Dâwûd nikâh 1840). Même en cas de non-respect de la femme envers son mari, il est recommandé de la traiter avec humanité, et d’essayer de se l’attacher avec des bienfaits, notamment les présents. A ce propos le Coran dit : «Telles sont les lois de Dieu ne les transgressez pas. Ceux qui transgressent les lois de Dieu sont injustes » (la vache 229).  

4-Le respect de sa belle famille est incontournable, car tout ce qui peut rendre sa femme heureuse est à réaliser. Cela se concrétise au fait qu’elle a le droit de rendre visite à ses parents et à sa famille de lien parental prohibé, ainsi que de les recevoir chez elle même avec l’opposition de son époux. Toutefois, si l’époux craint des mauvaises influences sur son couple de la part des personnes autorisées à visiter le foyer conjugal grâce à ce lien de parenté prohibé, il a le droit d’assister, lui-même, ou faire assister quelqu’un d’autre à sa place. Le système de claustration est absolument interdit dans le droit conjugal musulman, sauf si les autorités compétentes le décideraient pour l’un des deux époux.

Qu’en est-il de ce qui leur est obligatoire : 

Que veut dire le verset : «Ce qu’elles doivent à l’amiable » (La vache, 32-34).

1-l’épouse doit répondre favorablement aux demandes raisonnables de son mari, dans cette optique, notamment, ne pas se refuser à lui. A condition que ses demandes et pratiques soient conforment aux lois juridiques et aux conventions conjugales familiales. Elle peut se refuser à lui en cas de fatigue excessive ou de maladie.

2-elle doit habiter au foyer conjugal convenable au bon déroulement de la vie du couple. Elle ne peut refuser de rejoindre son domicile conjugal que lorsque le mari ne tient pas son pacte lors de la conclusion du mariage, en l’amenant à la campagne tandis qu’il lui a promis la ville. Elle peut refuser un foyer conjugal dans lequel elle perd les conditions de dignité, de moralité et de sécurité. Elle a le droit de quitter le foyer conjugal s’il était convenu, entre le couple, que son mari n’épouserait pas une seconde femme, ne ramènerait pas ses parents ou des membres de sa famille chez elle.

Il est mentionné en droit conjugal musulman qu’en dehors de ces cas, et les cas faisant convention entre le couple, tout abandon du foyer conjugal est synonyme de faute grave et d’atteinte à l’harmonie familiale, ce qui implique une réintégration manu militari, ou la répudiation immédiate.

3-la fidélité est un devoir absolu dans le couple. A ce sujet le Coran dit : «Dotez-les équitablement qu’elles soient chastes qu’elles n’aient pas d’amants. » (Les femmes, 28). Dans la même sourate verset 38 le Coran dit : «Les femmes vertueuses sont disciplinées et fidèles, elles conservent, soigneusement, pendant l’absence de leur maris ce que Dieu a ordonné de conserver intact. ». Il est considéré, dans l’islam, comme moyen de prévention contre toute tentation malsaine que la femme nubile se couvre ses parties désirables, y compris ses cheveux. Les versets coraniques l’ont énoncé d’une manière explicite, ne nécessitant aucune spécialisation dans le droit conjugal pour le comprendre. Ils disent à ce propos : « ô Prophète, prescris à tes épouses, à tes filles et aux femmes des croyants de laisser tomber leur voile jusqu’en bas ; ainsi il sera plus facile d’obtenir qu’elles ne soient ni méconnues ni calomniées. » (Les factions, 59). «Dis aux croyantes de baisser leurs regards, de préserver leur chasteté, de ne montrer que l’extérieur de leurs atours, de rabattre leurs voiles sur leurs poitrine… » (La lumière, 31). En fait, trois sources de droit musulman imposent le hijab.1- Le Coran qui est la première source incontournable du droit musulman, l’impose explicitement dans les deux versets précédents, lesquels disent tout sur le hijab et dans le style le plus éloquent qui soit. Donc, Dieu n’est ni bekkouche ni aggoune comme prétendent certains pseudo-muftis. 2- La sunna l’impose également à l’aide de plusieurs hadîths valides (nous les citerons dans un article qui sera consacré uniquement à la question du hijab). 3- Le consensus de la umma, également, car il n’existe pas un seul savant qui a nié l’obligation du hijab, cela dans le coté théorique. Quant au coté pratique ‘amaly, la majorité écrasante des femmes musulmanes ont porté le hijab un moment ou un autre dans leur vie, et même celles qui ne l’ont pas porté n’ont jamais reniés sa validité scripturaire.

Il faut savoir que tout exemple de bonté envers la femme découle de la noblesse du comportement prophétique.

Effectivement, le Prophète était souvent au service de ses femmes, malgré sa lourde charge d’homme d’état, de religion, de société et de politique internationale. Le Coran résume l’importance de ses tâches par le verset : «Nous allons te charger d’un grand fardeau. » (l’Enveloppé, 5). Il avait l’habitude d’insister sur le respect de la femme du fait qu’elle venait d’être libérée et d’acquérir des droits toujours menacés par la proximité du temps de la jâhiliyya. C’est Aicha mère des croyants qui a le plus rapporté de lui, en l’occurrence : «Les femmes sont égales aux hommes » (Abû Dâwûd, tahâra, 104). On a demandé : « Que faisait le Prophète une fois chez lui ? Aicha répondait : il lave ses vêtements, traite ses brebis, et s’entretient tout seul, il était un simple serviteur de Dieu » (Ahmad, ançâr, 24998). Voilà le comportement de celui qui détenait la qawâma sur la umma dans tous les domaines.

Si l’on recense les hommes qui ont parlé des droits de la femmes, on trouvera le Prophète Muhammad Dieu le bénisse ! À leur têtes. En effet, durant le pèlerinage des adieux, le Prophète instituait les droits élémentaires de l’Homme moderne et ses devoirs. Il a, à la même occasion, insisté sur les droits des femmes d’une insistance sans précédent. Méditez si vous voulez les déclarations suivantes : «ô gens ! Je vous enjoins plus particulièrement de bien traiter les femmes. Elles sont plus sensibles que vous. Vous ne les possédez d’elles que la cohabitation dans le respect. Sachez que vous avez des droits sur vos femmes et elles ont des droits équivalents sur vous. Craignez Dieu envers les femmes et comportez-vous noblement avec elles. Ai-je bien communiqué ! Oui disaient les compagnons. Dieu soit en mon témoin ! Répondit le Prophète. » (Tirmidy, radâ’, 1083).

C’est de cette manière que la qawâma fut assimilée au temps de la révélation. L’homme était un véritable protecteur serviteur de la famille et point son bourreau ou inquisiteur. Mais la femme à son tour était son assistante et son soutien sans faille. C’est dans une perception qui fait que la femme était le refuge de sécurité pour l’homme, son habit et son âme, que l’ensemble des compagnons a agit. Ils ont compris cela à la lumière des versets : «Il est des signes de Dieu qu’il vous a créé de vous-même des femmes pour y trouver sérénité. Et entre vous il a placé l’amour et la mansuétude. Ce sont là des signes pour des gens qui réfléchissent. » (Les Romains 21), «Vous dépendez les uns des autres. » (Al ‘Imrân, 195). «Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles » (La vache, 187). Donc, la qawâma est nécessaire pour le bon fonctionnement de la famille. C’est une responsabilité fondée sur la capacité et non pas le genre ; féminin ou masculin. Par conséquent, tous les hommes ne peuvent pas êtres qawwâmîn sur toutes les femmes et vice-versa. Pour trancher, il faut prendre en considération uniquement les critères de capacité. Voilà le vrai sens de la qawâma dans la pensée juridique conjugale et ce qu’elle doit être normalement dans la pratique. Mais inopportunément après la période dite « l’aube de l’islam ou l’islam matinal » les choses se sont effondrées d’une manière inattendue pour laisser s’installer les coutumes de la jâhiliyya première.

Regardez l’exemple suivant pour savoir à quel point le niveau de la pensée juridique a chuté : dans l’interprétation du discours précédent l’on trouve le terme « ‘awân عوان » que plusieurs juristes ont interprété par «prisonnières et esclaves », par conséquent, ils ont adopté l’explication suivante : « les femmes sont vos esclaves ». Cela signifie donc, qu’elles sont inférieures aux hommes, et privées de tout droit humain. Dans un bon nombre de livres de droit l’on constate très clairement cette pensée. Même les plus imminents érudits sont tombés dans cette discrimination lorsqu’un grand savant comme Ibn Al-Qayyim disait : «Le maître opprime son esclave, et le juge, car il est son propriétaire, exactement comme le mari opprime sa femme et la juge, du fait qu’elle est sous son autorité comme un esclave. » (i‘lâm al-muwaqqi‘în, 2/106).

 

L’on ne peut soutenir des propos contraires à l’esprit de l’islam et même à la lettre des textes traitants la question de la famille. Cette pensée constitue une véritable trahison au droit conjugal musulman et une dévastation totale de tous les exploits qu’a réalisé l’islam dans le cadre de la relation homme-femme. 

Même lorsque d’autres savants définissaient le contrat de mariage par : «Acte d’appropriation de l’organe sexuel, ou de l’exclusivité de la relation charnelle… ». nul part dans le Coran n’est mentionné « appropriation, exclusivité ».

En revanche il est fait évocation de « pacte noble »,«miséricorde », «amour »,«sérénité »,«sécurité »,régissant

la relation du couple. Il est question de fusion entre les deux corps selon la terminologie coranique : «Elles sont un vêtement pour vous et vous êtes un vêtement pour elles ». Voilà ce que dit le Coran.

C’est ainsi que s’est opéré le retournement contre les grandes valeurs de l’islam à l’époque de régression et de décadence et qui continue jusqu’à nos jours malheureusement.

La femme dans l’optique des réformateurs

Il est plus que jamais indispensable que les vraies valeurs du droit conjugal musulman se rétablissent, dans le dessein de restituer à la femme musulmane ses droits et d’éclairer la femme occidentale sur le fait que le concept de liberté féminine actuel en occident constitue une atteinte à la noblesse de la femme en tant qu’être honorable. Car le modèle occidental des libertés féminines ne peut pas être pris en sa totalité comme exemple, ne saurait s’appliquer à d’autres cultures, pour une multitude de raisons que nous ne pouvons exposer dans cet article.

En interprétant le verset de la qawâma, Muhammad Abdou dit : « Le verset constitue une charte prescrivant l’égalité entre l’homme et la femme, …à chaque fois que l’homme demande un service à sa femme, il doit savoir qu’il lui doit un service équivalent, même lorsque les deux services ne sont pas du même genre. Cela étant, l’homme et la femme ont les mêmes sentiments, la même intelligence, la même humanité. Le fait qu’ils soient tous les deux créés libres prouvent qu’ils doivent vivre librement sans aucune entrave. Particulièrement après une vie commune nécessitant solidarité et entraide, voir même des compromis. Le Coran a joint les femmes aux hommes dans les appels à la foi, à l’accomplissement des obligations, à la quête de la science. Quant au Prophète, il leur a demandé allégeance au même titre qu’aux hommes. Il les a incités à apprendre la religion et la sagesse avec les hommes et sans aucune discrimination… » (a‘mâl kâmila, Muhammad Abdou 4/606-620).

 

Le Cheikh Mahmud Shaltut dit dans son tafsîr du verset précédent : «La sourate les femmes a désigné l’acte de mariage par « charte noble » car la noblesse renferme miséricorde et amour. Ainsi elle a balayé l’idée qui laisse entendre que le mariage est un acte d’appropriation et d’esclavage ! ». En conséquence, le Coran n’a utilisé le terme « galiz غليظ» que deux fois ; la première lorsqu’il a décrit le pacte noué avec les Prophètes par la révélation et la seconde en désignant le mariage entre l’homme et la femme. Donc, le mariage est un pacte équivalent au pacte entre Dieu et ses Messagers. Après tout cela, il n’y a pas raison de dire que la relation entre l’homme et la femme est une relation d’esclavage ou d’appropriation comme le pensent tous les hommes qui battent leurs femmes à travers le Monde.

En guise de conclusion, nous pouvons peut dire par là même que la qawâma n’est qu’un surplus de responsabilité et que cette qawâma peut revenir à la femme en cas de chômage ou d'infirmité de l’homme. Car, nous ne pouvons demander à une femme active et productrice de donner son argent à un homme chômeur, et parfois paresseux, pour concrétiser la qawâma. Certainement, non, car toute peine mérite salaire, par conséquent nous lui diront puisque vous travaillez, vous avez tout à fait le droit d’exercer la qawâma envers votre famille y compris le mari au même titre que l’homme. J’en suis certain, puisque aucun texte ne s’y oppose dans les cas précités.                                    

Penser autrement, serait revenir à la première jâhiliyya, durant laquelle la femme n’avait aucun droit, et ne disposait même pas de son être. Et c’est grâce à l’islam que cette femme opprimée est devenue libre, prospère et productive. Il suffit d’étudier l’histoire de la femme musulmane aux premiers temps de l’islam.

A la fin de cette modeste contribution nous voulons quand même, inciter la femme musulmane à avancer et prendre par elle-même le flambeau de la renaissance, de la liberté, puis de la transmission des valeurs de l’islam en tant que civilisation universelle. Quant à la femme en général, nous lui demandons de prendre sa responsabilité et de garder son indépendance par rapport à l’homme, car il y a bien des femmes qui occupent des postes d’une importance première dans ce grand Occident mais ne font rien pour diminuer les souffrances d’autres femmes dans le monde. Cela, ce n’est pas parce que ces femmes sont mauvaises, mais parce qu’elles cèdent à la pression de l’homme qui est, comme il était toujours, capable de déclarer une guerre ou décréter un embargo pour affamer une population pour un soi-disant intérêt stratégique ou je ne sais quoi. Nous ne voyons pas comment la femme qui donne la vie peut l’enlever à d’autre, du seul fait qu’ils soient d’un autre pays, d’une autre religion, ou d’une couleur distincte.

Notre parole aurait pu être – si nous l’avions voulu - nuancée de teintes fort différentes selon les circonstances de l’actualité, mais nous avons choisi de parler clairement quelles que soient les réactions des uns et des autres.

 

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